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162 ASSOCIATIONS ORGANISANT DES ATELIERS CREATIFS DANS TOUTES LES DISCIPLINES ARTISTIQUES

La Communauté Française Wallonie-Bruxelles de Belgique (CFWB) agrée 162 Centres d’Expression et de Créativité (CEC), c'est-à-dire 162 associations qui organisent des ateliers d’expression et de créativité dans toutes les disciplines artistiques.

Les 162 CEC, avec plus de 500 artistes-animateurs, organisent des ateliers dans une centaine de disciplines artistiques et y accueillent plus de 17.000 personnes, enfants, jeunes, adultes, seniors, valides ou handicapés.

Les CEC sont donc des ateliers associatifs, où les participants – avec les animateurs artistiques qui les accompagnent – construisent et produisent des projets socio-artistiques en relation avec leur milieu de vie, leur environnement. Les animateurs conduisent les participants sur les chemins de la création artistique, selon leurs moyens et leur sensibilité. Le plus souvent, les ateliers sont animés par des artistes professionnels qui développent par ailleurs leur pratique artistique personnelle.

Depuis la première reconnaissance des CEC par une circulaire de 1976, le secteur a sensiblement évolué en débordant le bénévolat : les coordinateurs améliorent l’organisation des CEC autour de projets socio-artistiques; les animateurs font progresser la démarche artistique des ateliers qui aboutissent de plus en plus à des productions diffusées dans l’espace public.

Les CEC sont aussi des acteurs de première ligne de la vie culturelle, proposant, sans prérequis culturel, à des personnes de toutes conditions un lieu pour partager une démarche artistique, souvent débutante, pour s'approprier leur rôle social ; l’objectif commun aux CEC est de mettre les participants des ateliers en position d’acteurs culturels, plutôt que de les confiner dans le rôle de simples consommateurs des créations artistiques et en particulier des plus médiatisées.

Contrairement aux apparences qu’entretiennent les boutiquiers d’art, les grossistes de divertissements et les négociants d’occupation des temps creux, la culture n’est pas qu’un marché. La culture active – ou participative ou citoyenne – ne recrute pas des consommateurs et ne s’en accommode pas. Elle est une pratique commune de libertés et de langages à s’approprier. Autrement dit, dans les CEC, la culture mobilise des citoyens qui participent à la vie collective par leurs créations et par le chemin qu’ils font pour devenir créateurs. C’est l’objectif qu’assigne le législateur aux CEC, dans le récent Décret organisant le secteur.

Les participants aux ateliers des CEC sont donc invités à dépasser l’expression d’affects usinés par la société mercantile. En redécouvrant des lexiques communs et en inventant leurs langages propres, ils accèdent progressivement à l’acte de création artistique. Et l’atelier est un lieu de rencontre, de confrontation et d’ouverture. Bref, de convivialité. D’abord entre les participants, puis avec leurs publics ; et enfin avec d’autres cultures.

Les noms de certains CEC en sont le signe : « Ateliers des Enfants du Monde », « Ateliers du Bout du Monde », « Pivot Culturel », ou « Bouillon de Culture », … . Tandis que d’autres ont une vocation sociale plus affirmée comme les « Ateliers Populaires », « Contre-Poing », « La Maison des Savoirs ». D’autres encore parlent davantage à l’imagination : « Ateliers du Soleil », « Surprise et Silence », « Blanc Murmure », « Miroir Vagabond », « La Spirale ». Enfin, certains CEC se réfèrent clairement à la créativité comme « Le CREaHM» (Créativité et Handicap Mental).

 

DIVERSITE DES CEC

Les CEC se caractérisent par la grande diversité de leurs publics, des milieux dans lesquels ils œuvrent et des disciplines artistiques qu’ils proposent à leurs participants.

A côté des CEC accueillant des publics de tous les âges, d’autres se spécialisent plus particulièrement dans l’accueil des enfants ou des adultes. Alors qu’une majorité des CEC est citadine, d’autres sont implantés en zones rurales ou à la périphérie des villes. Les uns répondent aux attentes de publics favorisés et d’autres s’ouvrent aux publics socialement fragilisés, tandis que les troisièmes privilégient la mixité des publics ou s’adressent à des participants des classes médianes. Certains se destinent à l’accueil des personnes handicapées mais d’autres pas. Mais, quand ils en ont l’occasion, ils cherchent à décloisonner les participants, qu’il s’agisse de personnes valides et handicapées, de jeunes et de moins jeunes, ou de participants « normaux », favorisés et défavorisés.

Quant à la diversité des disciplines, tout le champ de la création artistique est couvert pas les CEC, des arts plastiques à la musique, en passant par tous les arts de la scène ; le cirque, le mime, la danse et le djembé voisinent avec la photo, le cinéma, les techniques de l’écrit ou celles plus récentes de l’audio-visuel. Et ce ne sont là que quelques exemples, tant est riche la palette des activités des CEC.

Mais l es CEC ont en commun une exigence de qualité créative. Cette exigence, à la mesure des capacités et des sensibilités des participants, porte sur la démarche artistique et créative, enrichissant ainsi l’objectif d’émancipation sociale et culturelle et d’expression citoyenne qu’assigne le législateur aux CEC.

En effet, depuis avril 2009, un Décret, voté par le Parlement de la Communauté Française Wallonie-Bruxelles organise le secteur ders CEC. Ce texte définit les objectifs du législateur dans les termes suivants : « … une perspective d’émancipation sociale et culturelle et [favorisant] l’expression citoyenne ». C’est l’objet du projet socio-artistique que les CEC sont incités à concevoir et mettre en œuvre ; le projet socio-artistique est défini en termes de processus : « ensemble d’actions et de démarches créatives définies et réalisées généralement au niveau d’un ou plusieurs ateliers ou de l’association, et qui aboutit à une réalisation communicable, matérielle ou immatérielle » ; le législateur définit les objectifs du projet socio-artistique en les référant au « développement individuel et collectif » et au « développement d’une expression citoyenne » ; il en précise plusieurs modalités possibles : « des thématiques abordant des enjeux de société ou sociaux ; des interactions créatives avec le milieu environnant et la société ; des interventions, le cas échéant, dans l’espace public ; une expression du groupe au travers de créations collectives ; des partenariats avec des personnes et des lieux ressources, d’autres associations ou institutions ».

Les pratiques des CEC sont cohérentes avec ces objectifs. A titre d’exemples, voici comment trois animateurs présentent leur travail quotidien.

Dans un CEC semi-rural, l’animatrice d’ateliers de théâtre avec des enfants explique : « L'atelier stimule le travail en commun, la création collective des enfants. Dans un premier temps, ils osent à peine monter sur la scène. Puis, ils la découvrent et apprennent à communiquer avec d'autres acteurs et avec le public. La confiance naît alors et permet leur épanouissement. Ce n'est pas l'affaire d'un examen, réussi ou non ».

Un CEC rural est installé dans l’ancienne cure du village. Le jardin était abandonné ; il est devenu un « Jardin Secret », où « des enfants parfois turbulents, qui souffrent à l’école, trouvent les moyens d’une nouvelle liberté et une capacité à s’exprimer ou à prendre une place dans un groupe. Ils apprennent l’usage de la couleur ou le jeu avec les volumes. Cet apprentissage peut déboucher sur la construction de cabanes ou la composition d’un jardinAu CEC, les enfants sont valorisés pour ce qu’ils font et pour la réflexion qu’ils y apportent en travaillant. Un enfant dit : "Ici, c’est la liberté". Ils apprennent l’autonomie », explique un animateur, qui poursuit : « Mon rôle est de relancer leur travail. Un adulte leur fait confiance. J’ai servi à quelque chose ».

Un troisième animateur, dans un CEC urbain en milieu défavorisé : « D’une part, aller vers les exclus plutôt que de les inciter à se déplacer ; d’autre part, mettre sur pied d’égalité les animateurs et les exclus. En effet, chacun a le pouvoir de créer et la rencontre de leurs langages culturels peut déboucher sur une production spécifique ». Cette démarche rend la confiance à des personnes qui l’ont perdue, et leur montre la valeur de leur besoin de beauté et de leur capacité créative ; une valeur égale à l’aisance de ceux qui ont un accès normalisé à la culture. « Le CEC est un espace où leur dignité et leur liberté sont reconnues ». Les modalités traditionnelles de travail en ateliers sont adaptées aux caractéristiques sociales du milieu où œuvre le CEC : « Les animateurs, par équipes de 2 ou 3, vont là où se retrouvent les exclus (restaurants du Cœur, centres d’accueil et d’hébergement) et ils se mettent à une table pour peindre ou dessiner. Le dialogue avec les exclus, présumés capables de créer, débouche parfois sur leur participation à la création ». Cette pratique a pour fonction de « faire revivre les gens » et les aide à se réintégrer dans la société.

La Fédération Pluraliste des CEC a réalisé (de 2007 à 2009) une enquête "Comment vivent les CEC?".

Enfin, il faut prendre la mesure du nombre de 17.000 personnes qu’accueillent les 162 CEC : ces participants pratiquent activement la découverte artistique et la créativité et s’impliquent dans un travail régulier en ateliers. Il ne s’agit donc ni d’un nombre de personnes assistant à des spectacles ou consommant des manifestations culturelles, ni d’un nombre de personnes qui fréquentent passivement un centre ; l’enjeu de la participation des publics des CEC – une démarche active et une pratique artistique – est donc fort différent de celui de la présence des publics dans les Centres Culturels et les Centres de Jeunes. La comparaison avec ces autres institutions, quant au nombre de personnes concernées, ne sera donc pertinente que si la différence fondamentale des enjeux est prise en compte. L’enjeu de la participation à une démarche artistique active doit être rappelé dans une société où l’industrie et la consommation culturelles de masse servent trop souvent d’étalons de mesure ou de références implicites.

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