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Suite aux événements tragiques de 2015 et 2016, nombre de nos dirigeants s’accordent à dire que le rôle de la culture est essentiel, facteur d’émancipation et d’expression, de rencontres. Un liant social indispensable à la notion de vivre-ensemble et un vecteur d’espoir pour une société à la dérive…
En effet, au quotidien, artistes et techniciens, associations d’éducation permanente, théâtres, compagnies, musées, bibliothèques, Centres culturels, Centres d’expression et de créativité, écoles de devoir et tous les autres opérateurs œuvrent au développement personnel, créatif, artistique des citoyens.

Les opérateurs culturels et socioculturels s’activent sur le terrain, mais ils font face à de (trop) nombreuses difficultés ponctuelles ou récurrentes, qui risquent d’aboutir à leur extinction lente…

Quel diagnostic poser ? Les années d’usures se font ressentir : aucun plan culturel transversal mis en place, aucune perspective d’action globale, aucune vision sur l’emploi, procrastination permanente sur la définition d’enjeux spécifiques et transversaux, … Pour soigner le malade, juste quelques mesures homéopathiques.

Alors que de nombreuses inquiétudes sur l’avenir de la socioculture se font sentir, le monde politique ne semble se soucier que de faire tourner la machine avec le moins de moyens possibles. Investir dans la création, l’éducation, la transmission de nos acquis ne semblent plus être pour eux une priorité. La culture est alors réduite à quelques perfusions sporadiques pour la sauver de l’asphyxie. L’euthanasie serait-elle programmée ?

Avec les réformes d’états successives et l’éclatement des compétences, les opérateurs de terrain assistent impuissants à un véritable enlisement du subventionnement de la culture. Multiplication de réformes sectorielles déconstruites, bricolages par l’augmentation des couches institutionnelles, manque de dialogues entre les niveaux de pouvoirs… Plus personne n’est aujourd’hui capable, ou n’a la volonté d’investir dans une vision commune et partagée de la culture. Avec la fragmentation du paysage institutionnel, plus aucune politique ministérielle ne pourra nous sortir seule du marasme à venir.

À tous les niveaux : communaux,  régionaux,  communautaire et fédéral, on peut parler de phénomène de réchauffement dangereux, notre environnement culturel entre en phase critique.
Tous ces signaux ont été expliqués, décortiqués avec nos dirigeants politiques, mais concrètement, rien ne bouge réellement.

L’État doit investir dans l’émancipation des citoyens, dans la créativité, dans les politiques culturelles fondatrices pour lutter contre la peur et le repli sur soi.

L’exception culturelle perd irrémédiablement du terrain face à l’industrie culturelle ultra libérale. Le risque de livrer nos créations et notre éducation au service du privé et de l’économie marchande est bien réel.

Si la Belgique souhaite encore développer une politique culturelle démocratique, il faut impérativement adopter un plan de mesures conjoint et transversal.

Tous les secteurs de la culture, de la création à l’éducation, de la diffusion à la production, du public à l’interprète devraient dès à présent s’unir pour exiger un accord de sauvegarde de la culture à l’échelle nationale. Une immunisation des toutes formes d’économie et un programme d’investissement sérieux permettant de refinancer l’action culturelle à tous les niveaux de pouvoir.
N’entrons pas dans le jeu des enveloppes budgétaires fermées qui ne fait qu’encourager les secteurs à se monter les uns contre les autres.
Soyons forts, exigeons un projet qui va au-delà des cadres de mise en concurrence. Construisons l’unité en rappelant notre histoire et nos piliers fondateurs.
Sauvegardons nos idéaux démocratiques.
Organisations sectorielles, associations fédératives, représentant d’usagers, chercheurs, penseurs, unissons-nous pour exiger une nouvelle exception culturelle commune ancrées sur nos complémentarités.

Parole libre  d’Isabelle Gillard, directrice de la FPCEC et
de Matteo Segers, directeur de l’ACC
dans la Lettre n°83 de Culture et Démocratie